Récits de femmes

Du 5 au 8 mars, Toni Cecchinato met en voix « Récits de femmes » de Franca Rame et Dario Fo. Chaque soir, 6 textes sont lus par Charlotte Mattiussi, Noémie Dujardin, Nicole Colchat, Maud Bury, Consolate Sipérius et Fabienne Crommelynck.

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  • CHARLOTTE MATTIUSSI LIT LA NAISSANCE D’EVE

Ce récit de la naissance d’Eve, issu selon toute vraisemblance de textes bibliques apocryphes, est très différent de celui qui nous est raconté dans la Bible classique. Eve nait, ici, avant Adam. Perdue au milieu des merveilles de la création dont elle est entourée, elle cherche désespérément son complément : l’homme. Elle supplie Dieu de lui envoyer ce compagnon tant désiré. Et lorsque paraît Adam, l’histoire se pimente de péripéties savoureuses, contées avec beaucoup de naïveté, dont la culpabilité n’est pas absente, mais très vite battue en brèche par un érotisme joyeux.

  • NOÉMIE DUJARDIN (AVEC LA PARTICIPATION DE BENOÎT FRANCART) LIT DUETTO POUR UNE SEULE VOIX

Cette jonglerie médiévale, même si elle appartient à la tradition populaire vénitienne et ombrio-toscane, aurait tout aussi bien pu figurer dans les écrits du Decameron de Boccace. C’est un récit court, d’inspiration courtoise, dont le thème récurrent appartient au genre dit « contrasto a canzonatura », c’est-à-dire « dispute avec raillerie ». On y assiste généralement à un échange amoureux fait de passion, de moquerie, de tendresse et de méchanceté. La trouvaille malicieuse de cette jonglerie est déjà suggérée par son titre et se développe tout au long du récit. En effet, tout au long de la rencontre et des effusions du couple, le ressort théâtral utilisé ne nous permettra d’entendre qu’une seule voix, celle de la femme. Tendresse et méchanceté… Imaginez un amoureux transi, qui attend dans une ruelle à la nuit tombante que sa belle lui fasse un signe à sa fenêtre, sans que ses parents s’en aperçoivent…

  • NICOLE COLCHAT LIT MÉDÉE

Cette Médée diffère légèrement de la Médée d’Euripide. Celle de Dario Fo et Franca Rame se réfère aux chansons de mai de la région de Toscane-Ombrie. C’est une Médée populaire qui suit de près la tragédie grecque, mais les raisons qui l’amènent à tuer ses enfants sont très différentes. Ce n’est pas un drame de la jalousie et de la colère, mais celui de la prise de conscience. Elle dit : « Nos enfants sont comme le joug de bois sous lequel ploie la vache : vous autres hommes, vous nous les attachez au cou pour mieux nous assujettir, nous rendre dociles, pour mieux pouvoir nous traire et nous monter. C’est pour cela que je les tue, pour que puisse naître une femme nouvelle ! » Mais ce n’est pas elle qui prend la parole en premier. Ce sont les femmes du peuple, le choeur grec, qui devant sa maison sur la place de Corinthe essaient de la convaincre d’accepter sa condition de femme répudiée.

  • MAUD BURY LIT MONOLOGUE DE LA PUTAIN À L’HÔPITAL PSYCHIATRIQUE

Une femme, assise sur une chaise interpelle de loin une autre femme, qui s’avère être son médecin psychiatre. Elle lui raconte son parcours de prostituée, et ce qui l’a amenée à être internée dans cet hôpital. C’est le récit d’une descente aux enfers où il s’avère que l’estime de soi, piétinée à force de maltraitances sexuelles, peut cependant se reconquérir grâce à une prise de conscience politique et surtout à la solidarité des femmes entre elles.

  • CONSOLATE SIPÉRIUS LIT DEVENIR MÈRE AU COEUR D’UN OURAGAN DE FRANCA RAME, DARIO FO ET JACOPO FO

Elle s’appelle Shahriyar. Elle décide de quitter son pays, la Somalie, pour chercher en Europe un avenir meilleur. En compagnie d’autres clandestins, elle traverse le désert du Soudan, d’abord à pied, puis en camion. Des passeurs la font monter avec ses compagnons dans une embarcation de fortune. Au cours d’une traversée épouvantable, cette jeune somalienne affronte la mort et accueille la vie simultanément, sans qu’elle devienne pour autant une héroïne. Simplement une mère.

  • FABIENNE CROMMELYNCK LIT LE VIOL

Traduction : Marie-France Sidet

« Le viol » est un texte autobiographique écrit par Franca Rame après qu’elle ait été enlevée et violée par un groupe de fascistes italiens en 1973. Elle l’a longtemps joué de manière anonyme, ne souhaitant pas d’identification émotionnelle du public avec sa propre personne. Plus tard, à une époque où la parole sur ce sujet douloureux se libérait et suscitait des débats dans la presse, elle a eu le courage de signer ce témoignage vibrant.