Le biotope de l’art, WORKSHOP avec Werner MORON.

 

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Du 16/01 > 20/01/2017

Rencontre avec l’artiste Werner Moron durant la première semaine blanche de janvier.

Note d’intention:

« L’époque forme de plus en plus de créatifs dans divers domaines : art plastique, musique, design, architecture, etc.
Les écoles leur donnent les outils dont ils ont besoin pour parfaire leur initiation artistique et cela tout autant dans le champ de l’esprit de l’art que celui des techniques nécessaires pour réaliser une œuvre.
Par contre, les établissements scolaires disposent de très peu de temps pour informer les étudiants sur les réalités professionnelles rencontrées hors les murs, non artistiques celles-là, et pourtant, ils devront les traverser pour être un artiste au cœur de nos sociétés contemporaines.

La proposition de workshop  que je formule est de créer ce que j’appelle Le biotope de l’art.
Il s’agit, à travers un work in progress autour d’un projet concret et en partant des réalités des élèves et de leur entourage immédiat, de mettre en place une forme d’entreprise alternative.
En effet, il me semble qu’un aspirant artiste – s’il souhaite pouvoir rester un individu capable d’aller au plus profond de ses intuitions pour les déposer seul face à la masse – devra envisager une forme de mutualisation des différents savoirs qu’il faut posséder pour exister durablement dans cette profession.
Il s’agira donc de mettre en place avec les étudiants « un biotope artistique » qui réfléchira au cadre juridique, institutionnel, secrétarial, de production, de post-production, de communication, etc.
Le projet pourrait même envisager la création d’un lieu d’exposition classique ou alternatif. Il conviendra alors d’envisager tout ce qu’il faut mettre en place pour créer le plus librement possible, accueillir le public et assumer la gestion du lieu.

Le projet débuterait par la mise en place d’une plénière à laquelle participeraient les élèves et ce, en vue d’instituer une table de réflexion sur l’importance qu’il pourrait y avoir à réfléchir ensemble à ce que leur génération a de singulier face aux autres générations.
La forme de ce workshop évolutif aboutirait à la création d’un espace critique de production, de conservation et de diffusion (pérenne ou éphémère).  Ce lieu favoriserait l’accueil d’un public solidaire et acteur de la démarche des artistes qui les invitent à venir voir ce qu’ils font. »

Werner Moron.

>lien vers la page facebook:

https://www.facebook.com/Biotope-de-lart-712075172295376/?fref=ts

liens vers le site de l’artiste:

http://www.wernermoron.be/

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WORKSHOP «Le biotope de l’art» donné par Werner Moron         
du 16 au 20 janvier 2017, à Mons.

Perle Terrana – «Recyclage»
Perle est atmosphérique, la cohérence se trouve dans les particules. Celles-ci se touchent, s’évitent et nous touchent comme un climat.
Pour l’expérience du biotope de l’art, Perle veut d’abord casser une vitrine de banque mais elle se rend vite compte qu’elle n’a pas la violence en elle. Ensuite elle déploie une infinité d’autres projets, très cohérents mais qui ne posent sur aucun sol.
Le mercredi, elle vient avec une image à la fois immédiate et polysémique.C’est une référence à l’art, au recyclage, à la dictature du «ready made», à l’obligation de se référer à tonton Marcel et tata Warhol.Le tout fait également référence à notre condition humaine. Les trois images sont reliées par les flèches qui symbolisent le recyclage. Les images sont faites à l’aquarelle. On boit de la soupe (Campbell) et cela nous pousse vers le trône et l’urinoir.Une fois l’œuvre réalisée, elle est marouflée sur un carton et déposée à l’entrée de l’école.Mon exigence étant de travailler dehors, Perle se positionne au premier millimètre, juste en dehors de l’école.

Charlotte Cuny – «Calicots»
Charlotte a vécu une expérience à la fois émotive, politique et physiologique, au cœur des «Nuits debout» à Paris. Voici ce qu’elle en dit: «On y va une première fois et on est pris par l’énergie. On y retourne et on s’acclimate à l’obscurité, les contradictions apparaissent. Il y a de l’amour, de l’arrogance, de l’exagération et puis une chaleur toute particulière».
C’est aussi solide qu’un bon repas entre amis quand on seul. Les ailes nous poussent hors de nos gonds, hors de notre force réelle. C’est la naissance d’une intelligence collective. Ce n’est plus le mot imprimé, c’est palpable, ça pousse sur les organes, sur l’audace et la vision.
Dans son travail, elle veut utiliser l’esthétique du calicot: une toile de coton écru (dimensions: 1,50 m x 4 m). Sur celle-ci vont apparaître des signes capables de procurer au passant ce que lui ont procuré les mots simples qu’elle a eu l’occasion de lire ça et là à Paris pendant les événements. Ce sont des mots, des phrases, écrites par tout un chacun et qui ne vont certes pas abattre le système mais qui nous réchauffent le cœur, ne fût-ce que pour un instant.«… ce n’était rien qu’un bout de bois mais dans mon il cœur brûle encore à la manière d’un grand soleil…».

Louis Lejeune – «Matière en expansion»
Louis travaille la matière. De celle-ci, doit se déployer – sous une forme de magma peint – une impression de réalité et de métaphore. Soit nous sommes devant de la lave soit devant une photo prise par un satellite. À certains moments, nous sommes à la surface de la lune, dans le désert de Gobi ou bien au cœur d’un réacteur de YF16. Pour la rencontre avec le biotope de l’art, Louis va travailler en trois dimensions. Après avoir réfléchi à la manière de sculpter son propos bidimensionnel en 3D, il opte pour le polyuréthane expansé. La question qui se pose alors, c’est de comprendre comment il peut, un tant soit peu contrôler la mousse qui sort de la bombe? Sur quel support? Dans quelle forme va-t-il déposer la matière? La technique utilisée ne doit pas être trop contraignante mais elle ne doit pas non plus se mouvoir jusqu’à devenir une espèce de bouse ou de vomi. Il faut rendre compte de l’énergie qui se dégage de ce tableau. Il a alors été envisager de contrôler légèrement l’expansion, sans la contraindre totalement. Trois bombes vont être vidées dans un bas nylon. Pendant le temps de séchage de cette matière en expansion, la technique devait se trouver rapidement, intuitivement. Il s’agissait alors de découper le nylon à certains endroits, à d’autres moments de le compresser. Lorsque le produit avait séché en surface, il fallait alors découper la croute pour libérer à nouveau de la matière et faire apparaitre de nouvelles formes.
Il s’agissait maintenant de sortir avec l’œuvre dans la ville. Louis est alors venu le mercredi avec un fond de caddie métallique découpé pour n’être plus qu’un socle léger sur roulettes. Sur son passage, les gens rient, se réjouissent. Arrivé sur la grand place il décide d’abandonner son travail le temps d’expliquer sa démarche à un «mancheur» assis par terre, à côté d’une agence bancaire.
La lumière très forte et la curiosité des passants font le reste.

Julie Duray – «peinture sur échasses»
Julie est allée directement dans le corps même de la peinture.L’utilisation à la fois simple et mystérieuse de la couleur crée les vibrations qui vont s’amplifier au contact de la lumière naturelle. L’idée est de porter trois tableaux sur des perches de différentes hauteurs. Elle va ensuite utiliser les arrières plans qui s’offrent à elle pour démultiplier les subtilités que contiennent ses peintures.
Ces dernières vont se retrouver sur un mur borgne, comme de petits tags qui ne revendiquent que la couleur ou au milieu d’un bouquet de panneaux signalétiques pour devenir un signe sans mobile.Les peintures se promènent et se retrouvent frappées par la lumière du mois de janvier comme une foudre de givre ou comme les arcs-en-ciel qui dansent dans les taches d’huile ou d’essence sur le bitume.

Quentin Callens – «Monochrome jaune translucide»
Quentin aime essentiellement l’expérimentation. Sa proposition consiste à essayer radicalement toutes sortes de médiums : vernis, couleurs plus ou moins liquides, épaisses, transparentes, translucides, opaques, poisseuses, brumeuses … La technique se situe dans la surveillance attentive des temps de séchages. Il va déplacer la surface dans tous les sens.Il va obtenir un résultat en le poursuivant plutôt qu’en le précédent.
La couleur choisie est le jaune. Dans le climat qui est le nôtre, cela peut aider à nous réchauffer. Le jaune c’est la couleur du soleil, de l’or, de la fête, de la joie mais également celle des briseurs de grève et des cocus. Le jaune est symboliquement la couleur de la joie et du mensonge. L’œuvre se situe dans les images, les vidéos qui vont traverser le monochrome. Les arrières plans entrent dans l’entrelacs de la couleur. Le jaune redessine une ville par moins dix degrés sous zéro, dans des ambiances chaleureuses.
Indépendamment de son propre travail, Quentin s’implique très significativement dans le biotope, il est présent sur toutes les performances de ses collègues, soit pour apporter une aide technique, soit pour filmer les perfs.

Arnaud Clairbois – «Sous les pavés …»
Arnaud travaille sur le passage. Dans la ville de Mons, certains pavés se descellent. Ils peuvent s’avérer des pierres d’achoppement. On peut s’en servir comme munition sur les barricades. On peut aussi tout simplement les remplacer par des peintures de paysages subtiles. Les tableaux n’étaient sûrement pas faits pour que l’on puisse marcher dessus, en les plaçant dans les trous laissés par les pavés manquant dans la ville de Mons, la tension poétique apparait à la fois limpide et mystérieuse. Les paysages au sol de 7cm x 7cm sont comme les reflets d’un monde rêvé ou comme des flaques de musée.
Dans son carcan minéral, l’œuvre hésite à s’élever pour faire de petits ciels ou à se laisser traverser pour devenir un trou de serrure dans le sol qui nous ouvre une vue sur les paysages de «l’autre côté». Lorsque Arnaud sort pour installer ses œuvres, il est aidé par un sans domicile fixe qui veut à tout prix arracher des pavés pour faire de la place à ces paysages de neige.A la manière de Quentin, Arnaud prendra une place prépondérante dans le biotope, en faisant des photographies de toutes les performances et en devenant l’administrateur de la page «facebook».

Ludivine Leroy – «Liberté d’expression»
La pression médiatique est telle, le flux des sujets sensibles à traiter est tel, que parler de liberté d’expression jusqu’à vouloir en faire une œuvre d’art va finir par apparaitre comme une chose un peu convenue.
Ludivine n’en démord pas, sa proposition est de se faire ligoter, bâillonner, en portant un panneau (sous la forme d’un tableau noir) autour du cou. Un peu à la manière des chinois lors de la révolution culturelle. Le travail, en lien avec le workshop, consiste pour elle à s’appuyer sur le groupe pour persuader le passant d’écrire quelque chose sur le tableau.
… «Trump» – «chômage» – «bombe » …

Sara Catherin – «L’opacité des transparences»
Sara part du principe que l’incroyable transparence des réseaux sociaux, la surabondance des informations sur tout et dans tous les détails, confine par l’inflation des possibilités des savoirs à l’opacité de la surinformation. Les journaux nous disent en première page des choses tellement graves qu’elles devraient entrainer chez chacun d’entre nous, individuellement et collectivement, des réactions qui entrainent le corps, le mouvement, voire la révolte. Mais, étrangement, il semblerait que ce soit le contraire qui se passe. Les informations ont l’air de créer une opacité, une inertie, inversement proportionnelle à la virulence de nos commentaires. Elle décide donc de travailler sur les journaux de la presse écrite en recouvrant les sujets, les images, d’un plastique transparent, d’un liquide laiteux, ou carrément de grands aplats noirs.
Elle lit ces journaux sous préservatifs sur un banc public en invitant les flâneurs qui viennent s’assoir à côté d’elle de lire cette œuvre et d’entamer avec elle une conversation sur notre présence réelle au monde.

Jonathan Ordonez Noirfalise – «Nous sommes libres»
Jonathan évacue toute possibilité de faire une corrélation directe avec l’iconographie et les rituels religieux mais il va porter sa croix sous une forme presque souple, liquide. Il s’agit de panneaux en MDF en arc de cercle, comme si son fardeau avait fondu sur son épaule.
Il va traverser la ville avec son arc. D’un côté, il est écrit «nous sommes libres» dans un graphisme qui met directement à distance avec la teneur de la phrase. Les lettres qu’il utilise sont issues du monde économique, leur police de caractère ainsi peintes sur ce fronton nomade nous font penser à la devise écrite dans le fer forgé à l’entrée des camps.
«Arbeit mach frei»;«Le travail rend libre».
Sans aller si loin, il y a quelque chose de jouissif qui déclenche un rire et quelque chose de grinçant à la fois.

Maxence Gérard – «Superposition»
Maxence à l’habitude de travailler par couches successives, laissant apparaitre, faisant disparaitre, superposant en texture et chromatisme différentes sensations. Il va œuvrer jusqu’à obtenir un paysage pictural en profondeur. Une œuvre à la fois évidente et capable de changer au fur et à mesure que nous l’observons. Un peu comme un ciel, c’est toujours le ciel et c’est toujours un autre, en fonction des saisons et de la teneur de notre regard. Pour la semaine sur le biotope de l’art, il utilise sa manière de faire mais en la déléguant à d’autres mains, d’autres souffles, d’autres gestes.
Il reste le chef d’orchestre mais il demande aux autres de venir poser un geste sur son tableau. Chacun est libre de son mouvement mais il a l’obligation de faire en sorte que la trace laissée sur la toile ne soit pas figurative, illustrative, personnelle. Il s’agit donc juste d’une succession de mouvements, les plus spontanés possibles, posés les uns après les autres jusqu’à obtenir une espèce de chorale picturale.

Sylvia Gigliotti – «Réflexions»
Sylvia réfléchit en trois langues. Elle est tentée par toutes sortes de disciplines : le théâtre, la musique, la performance et la peinture bien sûr.A chaque jour du workshop, s’ajoutait un projet possible. Le travail a consister à génocider tous les projets, le temps de l’atelier, pour n’en garder qu’un seul. «Une première pression à froid» devient le thème de sa réflexion.
Au départ, elle voulait partir dans la ville avec une horloge sur sa tête et de cette manière tenter de parler avec le passant de la relativité du temps et des différences temporelles dans lesquelles nous croyons être ensemble devant une actualité. Les faits nous arrivent immédiatement mais ils mettent un certain temps avant de se corporaliser et devenir quelque chose d’humain qui va servir à créer du lien ou de la dialectique, de fils en aiguilles de plus en plus fines.
Dans la ville de Mons, elle arrive avec le mot «Curiosité», écrit en miroir, en noir et blanc, sur un carton. Elle aborde le passant en se plantant devant lui avec son œuvre et elle tente ainsi d’installer le temps pour une réflexion au sens premier du terme.
Elle va utiliser les reflets des vitrines et proposer à la personne qui s’arrête de poser avec son travail juste devant un funérarium, des maisons abandonnées, etc. jusqu’à ce que la personne invitée finisse par lire à l’endroit le mot «Curiosité» au milieu d’un imbroglio d’éléments qui font notre commerce et notre époque. La réflexion entre Sylvia et le passant commence alors plus ou moins longue et relative.

Léa Nehmert– «Le conte»
Léa est assaillie par les rêves: plus de souplesse entre disciplines, plus d’intensité dans l’envie d’apprendre, plus de matière, plus de points de vue.
Léa rêve d’un monde moins prudent, moins codifié, plus vaste: une aventure dans laquelle nous devons apprendre de chaque étape de l’aventure ce qui nous faut pour qu’elle ne s’arrête jamais.
Là où elle en est, le monde autour d’elle avance en souricière. Tout se rétrécit, l’aventure tourne au quotidien des choses à faire plutôt que d’être un environnement de rêves et de désirs à expérimenter.
Elle ne veut pas de réponse, ni de commentaire, ni d’explications. Elle souhaite rencontrer de nouveaux angles de tirs, de nouvelles questions sans réponse. Elle souhaite être poussée dans ses derniers retranchements d’artiste. Elle aspire à la vie de ces funambules gourmands qui traversent les paysages qui se succèdent sous leur fil. Elle écrit un carnet de route. Elle rend compte de l’aventure difficile où l’existence vous fait entrer dans la peur de l’ennui et de la solitude. Parce que l’on peut en permanence promouvoir l’appétit pour ce qui n’est pas proposé. Elle va donc écrire un conte accompagné de dessins, un livre de bord, de passages à vide: un partage avec tous ceux qui sont passés par ce chemin.

Astrid Challant– «Le fil rouge»
Lorsque j’ai proposé le contour du workshop à Astrid et qu’elle a compris que les choses se passeraient dehors, afin de tenter d’établir des liens avec le passant, elle a d’abord immédiatement pensé à distribuer des cartes de visite. Sur ces petits bouts de carton, elle voulait imprimer des mots, des petites phrases simples et positives : «Ça va aller»; «Je suis heureuse que vous soyez là »; … Cette volonté est tout le contraire de cette tendance conventionnelle d’un Che Guevara d’IKEA qui fait de l’agressivité, de la provocation, un fond de commerce sous contrôle.
… Et puis elle change de point de vue …
Elle ne va pas vers les gens, ce sont eux qui, par le fil du hasard, arrivent devant son enchevêtrement de fils rouges. Là, celui qui le désire, décroche, dans une constellation de petits mots, un petit papier blanc qui lui est destiné.Ce qui est écrit dessus tire sa subversion du fait qu’il n’en contient aucune. La seule intention est de fournir un peu d’énergie à celui qui en a besoin. A chacun de savoir ce qu’il va en faire, peut être certains d’entre eux auront envie de se rebeller en s’appuyant sur un mot d’encouragement.

Louison Wauters – «Manifestation»
Louison est attentive aux mouvements politiques du monde. Elle s’engage mais elle trouve malgré tout que les manifestations, les défilés de gens en colère – en troupeau avec pétards et slogans convenus – ça la gonfle. Les manifs ça gonfle alors elle va gonfler des ballons. Et à partir de là, jouer avec le plein et le vide. Elle va recouvrir le ballon de mots dessinés avec de la laine, des marqueurs, de la peinture, etc. D’autres seront destinés à être brulés, explosés. Certains ballons seront remplis de petits mots à l’intérieur. Elle va les rendre lourds et légers et, ensuite, elle va les lâcher dans la ville. Louison va les laisser s’échapper pour symboliser une manifestation de grands vides et de trop pleins, à l’image de nous aujourd’hui.Nous sommes pleins d’intentions, mais comme les bulles spéculatives, avec nos petits nerfs post-modernes, nous sommes au bord de l’explosion.
À l’avenir, en dehors des radars, des artistes pourraient se rendre utiles en chorégraphiant de nouvelles manifestations où le travail consisterait à les rendre plus féminines. Aujourd’hui, les manifs intimident, contraignent ceux qui les voient passer, beaucoup plus que ceux que l’on veut déboulonner. Ne devrions-nous pas nous organiser dans les résistances à venir à entrainer les rieurs, les rêveurs, les sensibles, les amateurs de belles choses, avec nous et revisiter de fond en comble nos lobbys citoyens?

Manon Legrand – «Le sang»
Manon veut parler des litres de sang qui coulent tous les jours par les faits de la brutalité de notre monde.
Elle se propose, dans un premier temps, de défiler en ville en portant un tee short sur lequel il est écrit «La récolte du mois».Avec cette phrase, elle souhaitait traverser la ville en trainant des contenants de tous ordres remplis de sang.Ensuite elle se rend compte qu’il faudrait, pour répondre à cette idée, persuader une firme de transport de camions citernes de venir sur la Grand-Place. Il s’agirait alors de coller (pour les besoins de la performance) un énorme sticker sur lequel il serait écrit «La récolte du jour».En cinq jours, vu l’ensemble des performances à réaliser, il était impossible de faire aboutir cette idée.
Elle décide alors de partir d’elle-même, de trouver cinq poches d’un litre, de s’habiller d’une toge blanche et de se placer sur le seuil de la ville. De là, les passants peuvent la voir dans toute sa fragilité. Manon veut représenter notre condition humaine, à la fois spirituelle (portée par le désir ardent de vivre dans un monde avec plus de cœur) et en même temps nous rappeler que le cœur est une pompe, un morceau de viande qui gère plus ou moins cinq litres de sang pour que nous puissions nous dire vivants.
Pendant la performance, elle reçoit, une par une, les poches de sang devant l’effarement et l’empathie des passants qui y voient à la fois leur propre réalité et une statue antique en clair obscur sur le trottoir, au milieu des fientes de pigeons et des émotions humaines.